Je suis sur le point de passer le moment le plus difficile de ma vie.
Même si je sais que ce n'était pas une fin en soit, que je pouvais le repasser plus tard si je foirais, pour moi, il n'en était pas question. Je devais réussir.
Je me vois encore me préparer. J'enfile mon casque, puis mes gants.
Pendant de lapse de temps, je me regroupe, me concentre, m'apaise.
Mon blouson lui était déjà depuis le début de ma présence en ce lieu sur mon dos, comme une carapace, comme un blindage, pour me protéger de je ne sais même quoi, lol, même pas superstitieux pourtant, mais bon, dans ces cas là,on est près a tout lol.
Pendant que je m'équipe, mon regard fait tout pour éviter de croiser celui de la moto...
C'est comme si je ne voulais pas la défié. J'ai l'impression d'être le chevalier qui va devoir combattre le dragon, ou le cowboy qui va devoir dompter le plus farouche des étalons sauvages...
C'est à moi.
Je m'approche doucement, pour pas l'effrayer, lol, j'ai presque envie de lui parler, l'homme qui murmurait aux pistons des motos.... lol.
Je la chevauche, elle ne bouge pas, elle semble m'accepter, ça me rassure un peu...
"Tu va voir ma petite, on va s'envoyer en l'air, fais moi grimper aux rideaux !!!" lol
Test de l'oreillette.
"un, deux, tu m'entend ?"
C'est bon, j'ai reperdu un dixième à l'oreille, je vous entend bien...
"Alors on y va."
C'est parti, dernière ligne droite.
Contact, elle ronronne, 1ère, elle avance, pourvu qu'ca dure...
Je me présente au feux, on tourne a droite, ah les petits filous, ils vont me faire prendre le centre ville, pays fantastique peuplé de moulte voitures, camionettes et autres véhicules à nombre de roues paire ou impaire...
Pfff MEME PAS PEUR !!!!! enfin, même plus trop peur...lol.
Non sérieux, c'était fantastique, j'avalais les mètres, les kilomètres de macadam en étant aussi à l'aise qu'un poisson dans l'eau, à droite, à gauche, priorité à droite, 17 de suite, toutes bien faite, lol, énorme !
Un petit brin de campagne, petite route que je connaissais par coeur, two fingers in the nose, mais les mains sur le guidon quand même.
J'ai piloté en tout et pour tout, 15 minutes, pas plus, pas moins.
Pourquoi ca , Ce que j'ai pris pour facile et cette sensation d'être à l'aise était-ce finalement trop mauvais? J'ai fais ma burne ? Tellement nul qu'on le fait rentrer au bercail ?
On arrive sur le plateau.
Je m'arrête à l'endroit même où j'ai pris la 500 il y a un quart d'heure.
Je la béquille, et là pour une fois, elle reste debout la sal......
Je retire mon casque, mes gants.
Comme tous les autres, je suis l'inspecteur dans le cabanon, il n'a même pas levé les yeux sur moi, il les a laissé dans mon dossier. Un petit coup d'oeil sur mon moniteur, lui me regarde vaguement, mais ne laisse transparaitre aucunes émotions pouvant laisser présager quelconques dénouements.
C'est rude...
A l'intérieur, l'homme mandaté s'est assis, mon gourou est debout a coté de moi, serein, en tout cas, beaucoup plus que moi.
En face de moi, cet individu griffonne je ne sais quoi sur un papier jaune.....
Il redresse la tête et me regarde, pour la première fois, et en me tendant cette feuille, me dis:
FELICITATION
Oh putain, oh ca y est !!! J'AI MON PERMIS MOTO !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
J'ai sauté sur le bureau, j'ai dansé dessus, j'ai bisé le mec et mon moniteur, je suis sorti dehors, j'ai hurlé, j'ai couru partout, j'ai sauté sur le 500cb, je suis parti en burn sur le plateau, parti en trombe, willing, jusqu'au bout, stoppit, demis tour en burn, retour en rupture, sauté de la moto en route, saut périeux arrière avec triple loots-piqués, réseption sur l'oreille, triple axels, retour sur les pieds, et là je me suis transformé en fusée, j'ai décollé dans les air à 800 000 km et j'ai éclaté comme un feu d'artifice...
Après j'ai repris mes esprits, et avec un grand sourir, j'ai dit:
MERCI BEAUCOUP.
Je suis ressorti avec la banane collé sur la gueule, d'ailleur elle ne m'a pas quitté les 5 jours suivant.
Les autres qui attendaient leur tour, était là, dans le même état que moi il n'y avait pas si longtemps de ca. J'ai eu envie de leur dire un truc du genre "aller les gars, courage, ca va bien s'passer" puis finalement rien, gardes donc ta joie pour toi, ca va pas leur servir, au contraire. Je suis parti à ma voiture, et je me suis tiré, comme ca, comme si rien ne c'était passé, soufflé par le choc, incapable d'émettre un son ou un sentiment autre que cette banane, lol.
Puré ça y est...

